En ce mois de juillet, nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir un échantillon du cinéma asiatique.
L’Asie nous enchante chaque année avec des films forts, angoissants, poétiques, souvent émouvants, pourvus d’humour ou d’autodérision.
Chine, Japon, Corée du Sud… Il est vrai que le cinéma qui arrive jusqu’à nous est souvent issu de ces trois pays. Résultat, sans doute, des choix et possibilités des distributeurs et de la confidentialité des auteurs. Il est dur d’être vu dans le monde du Septième Art. De fait, nous n’avons pas la chance ou les moyens de vous montrer, au fil des ans, toute l’Asie. Mais nous pouvons vous montrer et vous rappeler autrement le cinéma asiatique.

Nous abordons en particulier l’Asie de l’Est, car le continent est immense !
Le cinéma ABC, depuis son ouverture, conserve et archive les affiches de films. Notre  collection, dotée d’environ 14 000 titres, rassemble le monde entier.

Cette exposition « Voyage en Asie de l’Est » tente donc de vous présenter quelques territoires, auteurs, et genres de films. Une diversité qui engage à découvrir ou revoir des films que nous avons passés, il y a plus ou moins longtemps, dans nos salles.

Chaque pays a un parcours, et notamment en matière de cinéma. Voici donc, brièvement, un brin d’histoire sur les pays que nous mettons en avant à travers cette exposition :

Au Japon, Shibata Tsunekichi a été l’un des premiers réalisateurs, en tournage dès les années 1890 à la manière des frères Lumières. Puis au cours du 20e siècle, de très grands noms se succèdent et forgent l’histoire cinématographique que l’on connaît : Shōzō Makino, Daisuke Itō (La chansonnette du Pasteur), Teinosuke Kinugasa, Yasujirō Ozu (Le gout du saké, Fin d’automne), Kenji Mizoguchi (Les contes de la lune vague après la pluie), Kajiro Yamamoto (films de propagande militariste), Akira Kurosawa (Ran, Rashomon), Masaki Kobayashi (dont nous présentons ici l’affiche de Hara-Kiri), Seijun Suzuki (films de série B), Nagisa Ōshima, Yoshishige Yoshida et Masahiro Shinoda (cinéastes rebelles, hostiles au cinéma « classique » d’auteurs comme Ozu) , Kinji Fukasaku (films de Yakuzas, années 70). Les années 80 et 90 sont marquées par Takeshi Kitano, dont nous diffusons trois films cet été (L’été de Kikujiro, Hana-Bi et Kids return). Outre ces trois œuvres, nous pouvons citer aussi Sonatine, Dolls et Achille et la tortue. C’est un réalisateur internationalement reconnu. Depuis les années 2000, Hirokazu Kore-eda nous enchante avec Distance, Nobody knows, Still walking, Tel père tel fils et Après la tempête. Et parmi les (trop) rares  femmes réalisatrices qui arrivent à s’exporter dans le monde, on peut nommer la très talentueuse Naomi Kawase, auteur de La forêt de Mogari, Still the water et Vers la
lumière (Cannes 2017).

A son apparition au début du 20e, le cinéma chinois se divisait en trois branches : le cinéma hongkongais (celui qui s’exporte à présent le plus en occident), le cinéma taïwanais (marqué par son histoire avec le Japon) et le cinéma de Chine continentale. Avant la seconde guerre mondiale, Shanghai était le centre cinématographique du pays avec des sociétés de production comme la Mingxing Film Company. Il ne reste que très peu de traces de cette période (4 films sur 500 produits environ, dit-on). Puis Hong Kong est devenu le cœur cinématographique de la Chine après la seconde guerre mondiale. Depuis la fin du 20e siècle, les trois branches citées plus haut tendent à s’unifier au vu de l’évolution socio-culturelle de la Chine, et ses liens avec le reste du monde. Dans les années 70, parallèlement à la Révolution culturelle en Chine communiste qui bloque le cinéma continental, les films d’arts martiaux deviennent très populaires grâce, notamment, aux frères Shaw qui sous leur bannière de production hongkongaise (Shaw Brothers), forgent la légende des films mettant en scène le très
talentueux Bruce Lee.
Depuis les années 80, des réalisateurs de toute la Chine émergent et se font connaître dans le monde : les hongkongais Tsui Hark (Il était une fois en Chine, The blade), John Woo (Le syndicat du crime, A toute épreuve), Wong Kar Wai (Les cendres du temps, In the mood for love), Johnnie To (The mission, Election) ; les continentaux Chen Kaige (Adieu ma concubine), Zhang Yimou (Le secret des poignards volants) ; les taïwanais Ang Lee (Tigre et Dragon), Edward Wang (Le terroriste) et Hou Hsiao-hsien (La cité des douleurs, The assassin).

De la Corée, on distingue bien sûr les deux états. Mais avant la scission en 1948, le pays voit naître son cinéma sous l’occupation japonaise et en fait un instrument de résistance. Dans un esprit nationaliste, des cinéastes se regroupent afin d’unir leurs forces créatives. Le premier film officiel date
vraisemblablement de 1926, a été réalisé par Na Un-gyu et s’intitule Arirang. Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, la domination japonaise était absolue sur le cinéma coréen. Puis, avec la scission, les parcours cinématographiques coréens ont pris deux chemins très différents :
En Corée du nord, le cinéma est muselé par le pouvoir, qui en fait un instrument d’état. A ce jour, les difficultés économiques du pays tendent à réduire au minimum la production cinématographique et quasiment aucun auteur ne peut s’émanciper.
En Corée du Sud, c’est à partir de 1953 (premier « âge d’or ») que la production de film se développe, notamment au sein des studios d’Anyang. Puis, suite à une période de muselage militaire, les années 80 voient les nouvelles générations d’étudiants reprendre les caméras pour participer à l’ère nouvelle de la communication dans leur pays, et plus largement avec le reste de l’Asie (ils sont soutenus par Hong Kong et Taïwan entre autres). De la fin des années 80 à nos jours, l’émergence n’a cessé pour des réalisateurs avides de parler des traumatismes passés, et soutenus financièrement par le pays au niveau production. Leurs œuvres empruntent souvent d’autres voies que la classique critique sociale : thriller, horreur, humour noir, autodérision, drame… Ces genres leur apportent aux auteurs toute la singularité qu’ils méritent, et ils vont y exceller jusqu’à se faire connaître dans le reste du monde. Parmi les réalisateurs qui forment cette « nouvelle vague » coréenne : Park Chan-wook (Sympathy for Mr Vengeance, Old boy), Kim Jee-woon (Deux sœurs, J’ai rencontré le diable), Bong Joon-ho (Memories
of murder, The host). Depuis la fin des années 2000, de nombreux autres réalisateurs sud-coréens se font connaitre et exportent la renommée de leurs films dans les plus grands festivals : Na Hong-jin (The chaser, The strangers), Lee Chang-dong (Poetry), Kim Seong-hoon (Hard day, Tunnel), Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan).

Au Vietnam, le cinéma existe depuis les années 20. Les guerres successives donnèrent lieu à de nombreux documentaires des années 40 aux années 70. La fiction était au second plan. Après la réunification en 1976, les studios du sud se mirent à produire des films de type « réalisme social » où les blessures et drames des différentes guerres sont étudiés.
Les années 80 ne sont pas favorables au cinéma vietnamien. Mais des réalisateurs explorent les possibilités de l’art vidéo et certains produisent des films d’art et d’essai, qui restent cependant confidentiels aux yeux du monde. En revanche, quelques productions occidentales viennent tourner au Vietnam, ce qui profite à l’image du pays hors de ses frontières : L’amant (Jean-Jacques Annaud), Indochine (Régis Warnier). En 1993, de nombreux pays découvrent sur grand écran L’odeur de la papaye verte, film de Tran Anh Hung tourné en France mais qui s’inscrit dans l’histoire tourmentée du Vietnam à travers le prisme d’une famille ruiné. Le film Trois saisons (1998), de Tony Bui, est le premier film vietnamien à être nommé aux oscars. Et en 2000, La saison des goyaves de Nhat Minh Dang profite d’une diffusion internationale. Malgré tout, le cinéma vietnamien, encore aujourd’hui malheureusement, a du mal à s’exporter.

Le cinéma thaïlandais a eu lui plus de chance. Apparu dès les prémices du Septième Art, d’abord par des projections de films étrangers, le premier longmétrage (un documentaire) date de 1922. Les années 30 sont un « âge d’or », avec trois à quatre films par an. Mais autour de la seconde guerre mondiale, la créativité est bridée par le dictateur alors au pouvoir, Plaek Pibulsonggram. La production de film explose bien plus tard, dans les années 70, mais ce sont souvent des séries B confidentielles et de mauvaise qualité. Dans les années 80 et au début des années 90, Hollywood inonde le marché thaïlandais et anesthésie de fait les productions locales. Des voix s’élèvent en conséquence, progressivement, pour améliorer la qualité des films du pays, et pouvoir les exporter à leur tour. La fin des années 90 voit donc l’émergence de films à la fois commerciaux, grand public et de bonne facture. On peut citer le film policier Dang Bireley and the Young Gangsters de Nonzee Nimibutr (1997), un des réalisateurs qui s’est élevé contre l’hégémonie culturelle américaine. A la même période, une « nouvelle vague » thaïlandaise débarque avec des auteurs qui souhaitent proposer un cinéma plus indépendant et artistique. Parmi eux, Apichatpong Weerasethakul, que l’on connait aujourd’hui grâce à des films ambitieux et maîtrisés, primés dans les plus grands festivals : Blissfully yours (2002) Tropical Malady (2004), Oncle Boonmee, palme d’or à Cannes en 2010, et Cemetory of splendour en 2015 (affiche exposée). De nos jours, le cinéma thaïlandais est varié (allant du film d’action comme Ong-Bak avec la star Tony Jaa – 2003 – au thriller fantastique avec un film comme Red Wine in the Dark Night de Tanwarin Sukkhapisit – 2015), relativement aidé et protégé sur son territoire.

Le Cambodge, de son côté, a accueilli dès 1910 des studios occidentaux qui venaient faire des reportages et documentaires. Quelques fictions ont également émergé, mais toujours sous contrôle artistique et financier occidental. Il faut attendre les années 50 pour voir les premiers films cambodgiens produits, et réalisés par des auteurs formés à l’étranger. Dans les années 60, les sociétés de production se multiplient, et le cinéma présente des films grand public, souvent des comédies sentimentales à message social. De sinistre tradition, c’est la guerre qui va ralentir la cinématographie cambodgienne dans les années 70 et 80. D’abord avec le régime des Khmers rouges (de 1975 à 1979), puis avec l’invasion du pays par le Vietnam voisin. L’ère communiste apporte un manichéisme à travers les messages véhiculés par les films, films en provenance du Vietnam, de la Russie communiste et d’Inde. Le public n’y trouve pas son compte. A partir des années 90, le réalisateur Rithy Panh prend de l’importance et crée des films forts qui seront primés (Les gens de la rizière, 1994 ; Un soir après la guerre, 1997) et des documentaires, primés en festivals eux aussi, qui reprennent et analysent l’histoire du pays (La terre des âmes errantes, 1999 ; S21, la machine de mort khmère rouge, 2003). Il s’inscrit et participe à la reprise, lente, du cinéma cambodgien qui inaugure son premier festival de cinéma à Phnom Penh en 2005. A l’heure actuelle, le pays tente de consolider ses structures cinématographiques (notamment la création d’écoles de formations artistique et technique) afin que les investisseurs augmentent en nombre. De nombreux films étrangers sont tournés au Cambodge depuis longtemps (In the mood for love de Wong Kar Wai, Lara Croft – Tomb raider de Simon West, Deux frères de Jean-Jacques Annaud), mais les réalisateurs cambodgiens, eux, se font assez rares.

50 ans du cinéma ABC

Séances

du Mercredi 22/11 au 28/11
du Mercredi 29/11 au 05/12

Séance unique Felix et Meira de Maxime Giroux

Séance mardi 28 Novembre 2017 à 20h30 FELIX ET MEIRA de Maxime Giroux, dans le cadre des Journées de la Culture Juive, organisée par l'association Hebraica.

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